Interview sur l’aménagement du territoire

By 23 juillet 2015 Permaculture

Mes réponses au Defi (parce que je ne suis pas sûr qu’ils publient ça 😉

Comme convenu, je vous envoie les questions pour mon dossier sur l’aménagement du territoire:

1) Quel est votre etat des lieux par rapport au partage des terres à Maurice?

D’une manière générale au sein de Lekovilaz, nous estimons que la répartition est très mauvaise et place Maurice dans un risque réel de crise alimentaire.

Quelques chiffres parlent d’eux-mêmes : nous importons 75% de nos denrées alimentaires et alors que nous ne sommes pas autosuffisant, 35% de nos productions locales sont exportées. Par ailleurs, 40 % des terres sont encore occupées par la canne à sucre, la production est assurée à l’aide de l’utilisation des engrais chimiques et des pesticides qui tuent les écosystèmes des sols, polluent les nappes phréatiques et mettent les quelques espèces qui survivent en grand danger de disparition.
Les terrains laissés en friche par les petits planteurs sont remplacées progressivement par des constructions en béton, l’utilisation de ces terres pour produire de la biomasse n’est pas non plus une solution. La monoculture n’a jamais été la solution.

Nous pouvons devenir autosuffisant au niveau alimentaire, une surface d’à peine 40 m2 de terrain permet de nourrir une famille de 4 personnes, nous pouvons produire en abondance sans pesticide ni OGM. Certains lobbys industriels vous diront toujours le contraire car ce n’est pas dans leur intérêt que le peuple comprenne et qu’il ouvre les yeux.

2) Nous assistons a une reconversion rapide de nos terres agricoles, nos plages en site de construction pour bâtiments commerciaux, hôtels et autres. Quelles peuvent être les conséquences pour une si petite île qu’est Maurice ?

Les conséquences sont déjà là :

L’érosion des plages, la destruction de la barrière de corail, la disparition de la biodiversité, la pollution des sols et des rivières sont les conséquences du modèle dans lequel nous vivons déjà aujourd’hui.

Maurice ne deviendra jamais Singapour et ce n’est pas souhaitable car nous n’aurons aucun avenir dans un modèle chaotique. Il faut que les décideurs financiers et politiques ouvrent les yeux sur le modèle asiatique ou occidental, des modèles complètement dépendants aux énergies fossiles comme le pétrole et qui n’ont aucun avenir durable.

Nous oublions vite (quand les opportunités de business surgissent) que nous vivons sur une île de 65 km de long et un peu moins de large entourée d’une barrière de corail.

3) Maurice ne connaît pas un développement harmonieux, que préconisez vous afin que nous ne soyons pas envahi par du béton dans nos villes et villages?

Le modèle que nous préconisons, c’est la permaculture et ce modèle doit être testé à grande échelle ici. C’est le modèle adopté par Cuba en raison de l’embargo des Etats Unis qui a obligé le pays a devenir autosuffisant au niveau alimentaire. Nous pouvons réussir à devenir autosuffisant également au niveau de l’énergie, tout est réuni ici; eau, vent, soleil, géothermie, etc.

La permaculture vise la résilience des écosystèmes, en quelque sorte, c’est redonner vie à la terre et quand on prend soin de la terre, elle vous le rend au centuple. La vie est généreuse.

Pour ça, il faut planter massivement, planter des arbres, recréer des forêts, nous pouvons les rendre comestibles en respectant les cycles et les saisons. Actuellement les gens s’empoisonnent sans s’en rendre compte avec les pesticides, 2000 tonnes sont vendus chaque année à travers un réseau de plus 80 détaillants.
4) Les constructions écologiques pour une meilleurs utilisation des ressources naturelles prennent du temps à se mettre en place et sont jugés trop coûteux pour les petites bourses, que faudrait-il faire pour favoriser une démocratisation de ce genre de construction?

Oui, nous pensons qu’il faut démocratiser et puis nous sommes loin d’avoir testé tous les modèles de maison. Les maisons en sac de terre par exemple résistent très bien aux cyclones. Les sols sont remplis de pierre, ces maisons ont résisté à l’épreuve du temps. Tout est là encore une fois pour réussir, alors pourquoi continuer avec le béton ?
Je crois que vous connaissez la réponse…

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